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Le slam à travers les yeux de MC Agnini

Lui, c’est Stéphane Agnini, mon ami le plus fidèle. C’est le genre d’ami que je vois une fois par an, mais que j’ai l’impression de voir tous les jours tant il est présent pour moi. Si aujourd’hui je suis le bout de femme que je suis, c’est parce que derrière il y a eu un Stéphane, ce Stéphane, qui m’a encadré, redressé, supporté, encouragé, aimé, bousculé… Je ne suis pas là pour faire de la poésie, juste mes sincères amitiés lui dire,sinon lui redire. Le remercie encore un peu, pour tout ce qu’il fait pour moi. Aujourd’hui il nous parle du slam. Cet art dans lequel je l’ai vu grandir et fleurir. Aujourd’hui il utilise des mots simples, pour véhiculer des messages forts. Il fait rire avec ses textes, pleurer parfois, peuvent en témoigner quelques unes…Libre penseur, mon meilleur confident… Agnini est au contrôle des mots, bien que parfois, ce soit les mots qui dirigent leur fils, leur ami… dirigé ou dirigeant, le cœur et l’engagement y sont, des merveilles, ensemble, ils font. Je n’ai jamais fait d’introduction si longue, mais ce jeune homme déclenche ma passion d’une manière tellement étrange ! Trêve de bavardage, découvrons le. 

 

1- Slameur, poète c’est la même sauce ?

 

Corde qui attache patte de bœuf. Patte de bœuf que corde a attaché. C’est une affaire comme ça. Certains te diront que le Slam c’est de la poésie urbaine. Mais on reste toujours dans les techniques de rimes, d’images fortes. Finalement, tout se rejoint. Comme le disait un ami, notre objectif est de faire avancer cet art. La casquette de poète et celle de slameur ne trient pas nos têtes. Alors on va dire que c’est le goût de la sauce qui  importe et qu’importe la quantité de viande.

 

2- Donc tu dois Boilo tous tes textes ? Tu as des astuces pour ? 

Souvent je dois “bois-vin” mes textes aussi. Il y a trois phases :

 

– D’abord, on prend connaissance du texte : un texte qu’on a écrit soi-même est toujours une aventure qu’on vit quand vient le moment de le mémoriser. C’est donc une  première découverte qu’on fait. Pour réussir cette étape, il importe de lever un peu la tête. On laisse le texte se reposer. On l’éloigne de nos yeux un moment, afin de revenir avec une vision neuve. Afin de revenir avec un regard différent. A ce niveau, on fait pas mal de petits ajouts et retraits (un simple mot ajouté ou enlevé peut changer beaucoup de choses). Une fois qu’on est bon sur le mouvement du texte, le rythme de la déclamation, on peut passer à la phase suivante. Rien n’est jamais figé.

 

– Ensuite, on doit trouver le moyen de mémoriser le texte. C’est une phase qui paraît pénible vue de loin, mais comment elle est jouissive ! C’est une danse sur la piste alors que tous les projecteurs sont sur nous. C’est un voyage en première classe. C’est le fait de se prolonger dans le sourire d’un enfant…Les techniques existent, mais l’expérience est la plus grande de toute.

 

– Enfin, on arrive à la phase de maîtrise de son texte. C’est là qu’on prend la dose de dopamine la plus intense. On fait désormais un avec le texte. On le maîtrise. On peut le dire sans chercher dans sa mémoire. Le texte coule. C’est le pied !

 

Pour les techniques, on peut tenir son texte pour ensuite le retenir. Bout de papier, c’est la forme classique. Un Smartphone peut aider aussi. Lire le texte plusieurs fois à haute voix… comme à l’ancienne. Après, il est possible de s’enregistrer puis s’écouter plusieurs fois. C’est une technique particulièrement efficace.

En principe tu dois me reverser quelque chose pour divulgation de secret professionnel.

 

 3- Slameur ivoirien et difficultés ? 

Enlève slameur là. Les problèmes que tu trouveras sont aussi les nôtres. Tout devient dur, même pour un manieur de mot. Les factures n’ont point d’oreilles.

Plus sérieusement, chez nous, le terme utilisé c’est “challenge”. Notre plus gros challenge c’est la faible connaissance de cet art par la population. Nous allons donc vers elle par des spectacles de proximité. En gros, on essaie de faire connaitre le mouvement. Un jour nous allons remplir les grandes salles. Nous y croyons. D’ailleurs, le 7 décembre, l’Ecole des poètes organise un spectacle au palais de la culture. Les tickets sont à 3000 francs. Si chaque lecteur prend un ticket c’est déjà ça !

 

4- Ta plus belle expérience en tant que Slameur depuis le début de ta carrière ? 

 

La question même est une poésie. J’ai eu une famille : l’Ecole des poètes. C’est une expérience inestimable au quotidien.

 

5- Est ce que tu es enjaillé de ce que le slam devient aujourd’hui sous nos cieux ?

 

Enjaillé oui. Mais comme j’en veux plus, je vais dire pas encore enjaillé. Sous nos cieux on privilégie la poésie de la casserole sonore. Je m’arrête là sinon je parlerai de coupé décalé, et je n’ai pas envie de parler d’abrutissement.

 

 

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